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21/06/2012

Entretien avec Jean-Paul Rouve réalisateur du film "QUAND JE SERAI PETIT"

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Jeseraispetit2.jpgLe nouveau film de Jean-Paul Rouve, QUAND JE SERAI PETIT, est sorti en salles le mercredi 13 juin. L'acteur devenu réalisateur nous fait part de ses impressions sur le film et sur les acteurs (Claude Brasseur, Miou-Miou...) lors de cette interview :

 
Après SANS ARME, NI HAINE, NI VIOLENCE, qu’est-ce que vous souhaitiez raconter dans votre deuxième long métrage ?

Le postulat de départ m’est venu un jour où je me rendais à Venise en train : j’ai imaginé quelqu’un qui arrivait à la gare et qui, en apercevant un groupe d’enfants, se retrouvait totalement dans l’un d’entre eux. Dès mon retour en France, j’en ai parlé à Benoît Graffin, mon coscénariste, et l’idée lui a plu. J’ai trouvé le titre immédiatement et, au final, le train a cédé la place à un bateau… Et puis, le chemin scénaristique s’est esquissé comme un chemin psychanalytique – comme s’il s’agissait d’une analyse en couple avec Benoît Graffin !
 
Le film évoque donc les regrets et les remords…

Le thème central est celui du recommencement. «Et si c’était à refaire ?» En général, on se dit que si on pouvait corriger les erreurs que l’on a commises par le passé, ce serait forcément positif. Or, je ne suis pas si certain que ce postulat soit juste. Au fond, je pense que c’est bien d’avoir des regrets et des remords car c’est à partir de cela qu’on peut se construire. D’ailleurs, le rapport au temps m’intéresse énormément et notre évolution avec le temps, et par rapport au temps, m’intéresse beaucoup. La nostalgie est un ressenti qui me fascine : c’est un sentiment incroyable que l’homme fabrique, comme si on pouvait donner un coup de peinture sur nos souvenirs.


Vous faites dire au personnage de Miou-Miou «Les souvenirs c’est bien que ça disparaisse, sinon ça prend trop de place».

Je m’adresse cette phrase à moi-même en fait ! : je peux avoir une tendance à la nostalgie facile par moments, mais je me soigne ! Lorsque j’ai rencontré Miou-Miou pour le rôle, elle m’a beaucoup parlé de son rapport au passé. Elle n’a aucune nostalgie : pour elle, le passé, c’est le passé, et elle porte un regard serein sur la vie. C’est ce qui m’a conforté dans l’idée de la choisir pour le rôle. Pour autant, je ne voulais pas la montrer négative, froide, distante et sans amour pour les autres et je voulais qu’on comprenne comment son personnage s’est construit et protégé au fil des années.
 

Les rapports père-fils sont très forts dans le film. C’est un sujet que vous vouliez explorer dès le départ ?

Cela s’est fait de manière inconsciente. On s’est appuyé sur des anecdotes et des souvenirs personnels. Par exemple, mon père adore chiner dans des brocantes, et c’est un loisir que j’ai attribué au personnage de Claude, qui n’est pas pour autant le double de mon père. De même, j’ai un petit garçon, et je crois que si je n’étais pas père, je n’aurais pas pu écrire une telle histoire.


Comment vous êtes-vous emparé de ce type de sentiments personnels pour les besoins du scénario ?

Ils ont directement nourri notre réflexion et notre récit. Quand on a terminé l’écriture du scénario, nous avons rencontré un psychiatre. Car on voulait savoir si l’évolution psychologique et la construction du personnage principal étaient cohérentes avec son parcours. Il nous a dit que cela lui semblait plausible et réaliste.

 
Les enfants sont campés avec une grande justesse.

Quand on parle à des enfants dans la vie, on le fait de façon beaucoup plus adulte qu’on ne le croit. Mais au cinéma, on a tendance à se faire une idée un peu idiote et simpliste de la manière dont on s’adresse à eux. Je me suis beaucoup attaché à la justesse des dialogues entre adultes et enfants pendant l’écriture du scénario avec Benoît. Je ne voulais pas donner l’impression que l’on s’adressait aux enfants de manière caricaturale. Il ne faut pas simplifier la pensée, mais seulement la façon de la formuler.


Par ailleurs, il fallait aussi être vigilant par rapport à l’âge des enfants car on n’est pas le même à 10 ou à 14 ans. J’ai souvent demandé aux jeunes comédiens si les dialogues leur semblaient réalistes, et s’ils auraient pu parler de la sorte. Et quand c’était nécessaire, on n’a pas hésité à changer certaines répliques. D’ailleurs, pour les filmer, j’ai utilisé deux caméras que je prenais le temps de laisser tourner : quand les enfants exprimaient telle ou telle idée avec leurs mots à eux, je savais que je tenais le ton juste.

Comment avez-vous choisi le tout jeune comédien qui incarne votre personnage enfant ?

Pour le petit garçon, nous avions des contraintes physiques par rapport à ma physionomie d’adulte, puisqu’il fallait qu’il me ressemble. C’est la directrice de casting qui l’a repéré : il avait joué dans LE RUBAN BLANC de Michael Haneke. Il s’est imposé comme une évidence alors que je pensais que j’allais avoir beaucoup de mal à le trouver.


Vous avez rapidement envisagé de confier le rôle du père à Benoît Poelvoorde ?

J’ai presque écrit le scénario en pensant à lui. Il est belge et je suis du Nord, et il y a une certaine alchimie entre nous qui fonctionne très bien. Je me sens de la même famille d’hommes que lui. Sur le tournage, Benoît était très disponible et impliqué en tant qu’acteur, tout en restant lui-même, c’est-à-dire très drôle. J’ai senti qu’il me faisait confiance et qu’il adhérait au scénario et à son personnage. Il a un jeu simple et humain, il ne se cache pas et ne cherche pas à utiliser les ficelles d’acteur qu’on peut acquérir avec le temps. Il est sincère et généreux. C’est un immense acteur.


Sa présence semble d’ailleurs traverser le film.

Il n’avait que quatre jours de tournage… Mais ce qui fait de Benoît un grand acteur, c’est surtout sa capacité d’écoute. Dans notre scène de rencontre, près de l’aérodrome, il y avait au départ plus de dialogues qu’il n’y en a dans le film : j’ai d’abord monté la séquence telle quelle, mais je me suis rendu compte que le résultat était étrange. Car quand on fait une nouvelle rencontre, on échange peu. Tous ces dialogues ne ressemblaient pas à la réalité et sonnaient faux. Donc, j’ai décidé de couper. J’ai simplement conservé quelques phrases et échanges de regards qui en disent beaucoup plus.
 
Comment avez-vous choisi les seconds rôles ?

J’ai immédiatement pensé à Claude Brasseur : je trouve qu’il est toujours crédible, quel que soit le milieu social et professionnel de son personnage. Sur un plateau, il est intéressant car il n’est pas dans l’intellectualisation du travail, mais dans le quotidien le plus concret. Il est très concerné par son rôle et fait de nombreuses propositions sur l’attitude de son personnage pour accompagner les répliques. Il est constamment soucieux d’enrichir son personnage et il est d’une justesse incroyable : avec lui, toutes les prises sont impeccables, et dans le même temps, il adopte la posture d’un jeune comédien et pose beaucoup de questions. C’est ce qui lui donne du naturel.


Puis, j’ai pensé à Miou-Miou pour sa fraîcheur, sa grande simplicité et sa disponibilité. Comme Claude Brasseur, elle incarne tout un pan du cinéma français, d’autant plus qu’ils ont souvent tourné ensemble. C’était un pur plaisir de les voir se retrouver et partager quelques scènes.

Au départ, je voulais avoir l’avis de Xavier Beauvois sur mon scénario : je le lui ai fait lire, et il m’a fait part de remarques précises très pertinentes. Puis, je me suis dit qu’il incarnerait parfaitement mon pote dans le film, et il a accepté le rôle. Comme on est amis dans la vie, le tournage s’est très bien passé et cette simplicité transparait à l’image. D’ailleurs, une de mes scènes préférées est celle où Arly Jover vient le voir et où il lui ment : plus cela est manifeste, et plus il s’enfonce. Il a fait cela à merveille, et même si la première prise était parfaite, je l’ai refaite pour le plaisir de le voir jouer.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Lisa Martino et Arly Jover ?

Je ne connaissais pas Lisa Martino. Elle m’a immédiatement posé des questions très pertinentes sur son personnage parce que son rôle est vraiment complexe et peut très vite s’avérer antipathique. Il fallait donc que ce soit la comédienne qui donne de l’empathie au personnage et il était nécessaire de trouver une actrice qui ne juge pas ce qu’elle joue, sinon cela risquait de lui faire prendre trop de recul par rapport à son personnage. Autrement dit, il fallait une comédienne qui ne se regarde pas jouer. Quand j’ai parlé avec Lisa, je n’ai évoqué que les aspects positifs de son rôle car je ne voulais surtout pas qu’elle porte la culpabilité du personnage.


J’avais vu Arly Jover dans MADAME IRMA, et je l’avais trouvée formidable. Je l’avais donc en tête pour le personnage de ma femme, avant que deux autres personnes m’en parlent après avoir lu le scénario. Elle est belle et dégage une certaine vérité, et il fallait que notre couple fonctionne et soit crédible. Arly incarne une femme de responsabilité qui a sa propre vie. Après les essais, j’ai su immédiatement que c’était elle !
 

Vous avez toujours voulu être à la fois devant et derrière la caméra ?

Non, même si cette histoire est très personnelle et qu’à l’époque des Robins des Bois, je m’occupais d’écriture et de réalisation, sans même parler de l’interprétation. Je tenais à ce que le personnage soit joué avec le maximum de réalisme, exactement comme dans la vie. C’est ce que j’aime faire face à un metteur en scène, mais je ne savais pas si j’allais réussir à conjuguer le fait d’être à la fois devant et derrière la caméra. Ce sont ma productrice et mon coscénariste qui voulaient que je campe le personnage car ils sentaient que cette histoire me tenait vraiment à coeur. J’ai donc fini par être à la fois comédien et réalisateur. Pour ce deuxième film, je me sens plus metteur en scène que sur le premier. Je ressens presque un début de légitimité, j’ose davantage, même si je le dis tout bas !

 

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